Suisse gallo-romaine
Vers le milieu du Ier siècle av. J.-C., les Helvètes décident d'émigrer vers le pays des Saintonges, une tribu gauloise alliée qui se situe dans l'ouest de la France actuelle. Les raisons de cette décision ne sont pas connues avec certitude. Parmi les diverses motivations qui auraient pu pousser à une telle migration, on a notamment invoqué le manque de terres et l'ambition d'un chef de guerre. Quelle qu'en soit la raison, ces derniers brûlent leurs villes et leurs villages et plus de 300 000 Helvètes prennent la route. Jules César, alors proconsul de la Gaule narbonnaise, les repousse lors de la bataille de Bibracte (58 av. J.-C.) et les contraint à retourner chez eux où ils doivent défendre la frontière du Rhin contre les invasions des Germains.
En 52 av. J.-C., les Helvètes font partie du soulèvement mené par Vercingétorix puis sont progressivement intégrés dans le jeune Empire romain par la fondation d'une colonie de vétérans à Nyon puis, sous le règne d'Auguste, de celle d'Augusta Raurica près de Bâle, le territoire helvète appartenant dès lors à la Gaule belgique. Seules les tribus valaisannes et les Rhètes restent indépendants jusqu'à leur conquête par Tibère et Claude vers 7 av. J.-C. où ils sont réunis dans la province de Rhétie dont la capitale est Augsbourg.
Au Ier siècle, la bordure nord du Rhin est une zone frontalière stratégique de l'Empire romain: elle est occupée militairement et garnie de camps militaires permanents, comme à Augusta Raurica. Le réseau routier est consolidé, des villes nouvelles comme le Forum Claudii Vallensium (actuelle Martigny) sont créées alors que les élites celtes se romanisent. L'ancien oppidum principal des Helvètes, Aventicum (actuelle Avenches), élevée au rang de colonie en 73, devient progressivement la principale ville de la région. Vers 47, le Valais est transformé en une province autonome, le Vallis poenina, et le territoire des Helvètes est rattaché en 89 à la province de Germanie supérieure dont la capitale est l'actuelle Mayence.
Entre le IIe siècle et le IIIe siècle, la Pax Romana règne sur l'empire, les frontières ayant reculé vers le nord et la Suisse n'étant donc plus une zone frontalière. Alors que le latin se répand, le territoire connaît une période de prospérité économique. Venant d'Italie et suivant les voies de communication, le christianisme se répand progressivement sur le territoire avec l'apparition des premières églises à Genève et Martigny et des évêchés de Bâle, Martigny, Genève et Coire entre 350 et 400. Des missionnaires fondent plusieurs communautés religieuses, en particulier à Saint-Ursanne et à Romainmôtier, alors que le moine Gall s'établit au sud du lac de Constance où se dressera un siècle plus tard l'abbaye qui porte son nom.
Cependant, vers la fin du IIIe siècle, des incursions barbares des Alamans ou Alémans en Germanie puis en territoire suisse, notamment en 260 où de nombreuses villes sont pillées, ramènent progressivement la frontière sur le Rhin, le long duquel les empereurs romains du IVe siècle font construire des lignes défensives (forteresses et tours de guet). Progressivement, dès 401, la population inquiète migre vers le sud en abandonnant les villes de Nyon puis d'Augusta Raurica, pour cette dernière en faveur de Bâle, en même temps que les troupes romaines quittent le Rhin pour gagner le sud des Alpes, abandonnant ainsi définitivement le territoire de la Suisse aux peuples germaniques dits « fédérés », respectivement les Burgondes puis les Alamans.








